Covid-19 : une cinquième vague d’infox sur la pandémie et la vaccination


Chiffres mal compris, montages mensongers ou pures affabulations… les infox et autres rumeurs se propagent sur les réseaux sociaux et les sites conspirationnistes, à la faveur de cette cinquième vague de Covid-19.

« Dose 3 : tu meurs, tout simplement »

Au 21 décembre 2021, plus de 20 millions de personnes ont reçu une dose de rappel vaccinal en France, sans que cela engendre une vague apocalyptique de morts, bien heureusement. C’est pourtant ce que prédisait une vidéo publiée durant l’été, et qui continue de circuler aujourd’hui, affublée d’un résumé définitif : « #Dose 1 : – 15 % de défenses immunitaires naturelles. Dose 2 : – 35 % (action des ADE). Dose 3 : tu meurs, tout simplement. »

Une conférence aux chiffres apocalyptiques, pourtant sans fondement, recircule depuis fin novembre.

Pourquoi c’est de la science-fiction

Ces affirmations fantaisistes avaient été déjà démenties au mois d’août par AFP Factuel : un homme, Sean Brooks, qui se présente comme « médecin d’Oxford », mais est en réalité docteur en éducation de l’université de Miami (Floride), y affirme, sans le moindre fondement scientifique, que les défenses immunitaires chutent au fur et à mesure des doses, jusqu’à la mort à la troisième. Une prédiction complètement déconnectée de la réalité : jusqu’à preuve du contraire, 19,2 millions de Français ne sont pas morts suite à la troisième dose.

BFM-TV aurait berné les spectateurs avec des mannequins

De nombreux opposants à la vaccination sont persuadés que les médias mentent ou les manipulent, et sont prêts à tout pour montrer des images catastrophistes de l’épidémie. Une image, présentée comme une capture d’écran de la chaîne BFM-TV, a ainsi fait le tour du monde : lors d’un reportage en soins intensifs, les plus perspicaces ont bien remarqué qu’il ne s’agit pas d’un vrai malade, sous les draps, mais d’un mannequin en plastique, auquel il manque un bras.

Une preuve que BFM-TV mentirait en filmant de faux malades… sauf que cette image est un montage.

Pourquoi cette image est bidon

Cette image est un montage, comme l’expliquait le 19 décembre la branche lusophone d’AFP Factuel. Le bandeau d’habillage correspond au 22 novembre, jour où Jean Castex a été testé positif au Covid-19. Et à 22 h 01 (heure qui apparaît à gauche), la chaîne BFM-TV diffusait une conférence de presse du premier ministre, comme en attestent les archives, et non un reportage à l’hôpital.

En réalité, le 21 novembre 2021, à 22 h 01, BFM-TV montrait les extraits d’un discours de Jean Castex.

L’image centrale, montrant un lit de réanimation, est bien plus ancienne : elle est extraite d’un reportage de Radio-Canada, tourné en avril 2020. Le docteur Mathieu Simon, chef du département des soins intensifs de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, a refusé l’accès aux services de soins intensifs aux journalistes pour des raisons sanitaires. Ces dernières ont donc filmé une démonstration sur un mannequin. Des images permettent de voir que le matériel utilisé est réservé aux simulations : il n’y a donc pas eu tromperie pour le spectateur, même dans le reportage d’origine.

Les images du mannequin proviennent en réalité d’un vieux reportage d’ICI Radio-Canada Télé, simulant, sur un mannequin, la prise en charge d’un malade du Covid-19 dans un hôpital québecois.

Un mémo à ne pas diffuser révèle le secret des hôpitaux

Selon un mémo du 14 décembre qui aurait « fuité » sur les réseaux sociaux, le « centre hospitalier Hubert-Henry » constaterait une « disproportion de personnes vaccinées sous assistance respiratoire » (14 sur 16), mais exhorterait le personnel à rester « discret sur ces chiffres » et à ne pas ébruiter la vérité sous peine de « mesures disciplinaires ». Le mémo a été imprimé, pliée et chiffonnée, le nom du signataire recouvert de noir au feutre. Mais qui a donc pu l’écrire ?

Un « mémo secret » en provenance d’un hôpital… qui n’existe pas !

Un poisson de décembre

Comme en atteste une simple recherche sur Google, il n’existe aucun centre hospitalier Hubert-Henry. Ce nom n’est toutefois pas inconnu : il renvoie à un personnage historique de la fin du XIXe siècle. Ce militaire, qui a joué un rôle décisif dans la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus, est surtout connu pour être un producteur de… faux documents. Bref, l’auteur ou l’autrice de ce faux visait, semble-t-il, à tester la crédulité des internautes. Certains sont tombés dans le panneau.

Une ségrégation des non-vaccinés jusque dans les cendriers

Les non-vaccinés seraient tellement mis au ban de la société qu’ils n’auraient plus le droit de jeter leur mégot de cigarette au même emplacement que les vaccinés. C’est ce que suggère un tweet partagé plus d’un millier de fois, dont l’auteur s’étonne d’une « poubelle à mégots en deux compartiments » au Luxembourg. « On aura tout vu », conclut l’internaute, rapidement retweetée par des militants antipasse sanitaire, comme l’influenceur Aldo Sterone, qui déplore qu’« un nouveau monde abject se crée sous nos yeux », alors que d’autres dénoncent une situation d’« apartheid ».

Des internautes antivax s’indignent sur Twitter d’un « apartheid » entre vaccinés et non-vaccinés. En réalité, ils n’ont pas compris le concept de cette poubelle.

Pourquoi c’est une mauvaise interprétation

Si cette photographie est authentique, elle ne montre ni une ségrégation ni même une nouveauté. Cette poubelle à mégots est en fait un cendrier-sondage, ou ballot bin, une invention britannique de 2016, adoptée dans plusieurs pays d’Europe, comme la Belgique en 2017, pour lutter de manière ludique contre la pollution des espaces publics.

En proposant des sondages ludiques (plutôt Batman ou Superman ?, Star Trek ou Star Wars ?, Qui va gagner en rugby, le RC Toulon ou les Sale Sharks ?), les fumeurs sont incités à déposer leurs mégots dans les cases plutôt qu’au sol, ce qui réduirait les déchets liés à la cigarette de 46 %, selon l’entreprise qui les fabrique.

Ces dispositifs abordent parfois des questions citoyennes (faut-il laisser sa place aux personnes âgées dans un bus ?) ou des débats d’actualité. C’est le cas au Luxembourg, où a été mis en place ce cendrier-sondage. Aucune ségrégation : vaccinés comme non-vaccinés sont en réalité libres d’y glisser leur mégot où ils le souhaitent, pourvu qu’ils évitent de le jeter par terre.

Ce cendrier-sondage ne demande pas de passe sanitaire : il a surtout vocation à lutter contre la pollution des mégots sur le sol.

La vidéo alarmiste de Robert Malone sur les vaccins et les enfants

Robert Malone, qui se présente comme l’inventeur des vaccins à ARN messager (bien que pionnier dans le domaine dans les années 1980, ses travaux s’en sont détournés et d’autres chercheurs ont contribué à la mise au point de cette technologie ensuite), milite contre les vaccins anti-Covid-19 à ARN messager depuis des mois.

Dans un message solennel de quatre minutes, relayée en français par le site France Soir, il déploie un argumentaire alarmiste sur la vaccination des enfants avec la technologie de l’ARN messager. Son postulat repose sur la toxicité des protéines spike produites en réponse immunitaire au vaccin. Le Dr Malone affirme que « ces protéines provoquent souvent des dommages permanents et irréversibles sur des organes critiques des enfants » dont « leur cerveau et le système nerveux ; le cœur et les vaisseaux sanguin, y compris les caillots sanguins, leur système reproductif » et peut « déclencher des changements fondamentaux dans leur système immunitaire ».

Ce qui est non étayé

Le site de vérification d’informations scientifiques Health Feedback, a analysé cette déclaration à l’appui de publications existantes et la qualifie d’erronée. L’AFP Factuel, a également interrogé plusieurs scientifiques et en conclut aussi que « certaines des affirmations de Robert Malone sont dénuées de fondement, non étayées ou manquent de contexte ».

Les études ne prouvent pas la toxicité des protéines spike produites suite à la vaccination, mais celles qui proviennent du virus du Covid-19. Les preuves des dommages provoqués sur les différents organes des enfants ne sont ni apportées par le Dr Malone, ni démontrées par la littérature scientifique.

Avant d’approuver la campagne vaccinale des 5 ans à 11 ans en France, la Haute Autorité de santé a étudié les données issues de la vaccination des enfants américains (dont plus de 2 millions ont eu une deuxième dose). De rares cas de myocardite y ont été relevés, mais la balance bénéfice-risque penche du côté du vaccin, puisque le risque de myocardite lié à une infection au Covid-19 chez l’enfant reste trente-sept fois plus élevé que celui lié à la vaccination.

De plus, Libération mentionnait, début juillet, un potentiel conflit d’intérêts, puisque Robert Malone a pour client un conglomérat indien qui développe un vaccin anti-Covid traditionnel, concurrent des formules à ARN messager qu’il dénigre.

Les non-vaccinés, « boucs-émissaires pour masquer l’échec de la stratégie vaccinale »

Les opposants à la vaccination contre le Covid-19 multiplient les arguments pour critiquer l’efficacité de cette stratégie. L’un d’eux consiste à mettre en avant la mortalité parmi la population vaccinée et même « triple-dosée » comme preuve « d’échec » de la vaccination. C’est ce qu’affirme le tweet ci-dessous, qui cite les chiffres précisant « 8 % des décès de décembre chez des triple-dosés mais le problème de notre société c’est les 10 % de non-vaccinés… ». Et donc « la recherche de boucs-émissaires ».

Les données montrent l’inverse

Première précision : nous avons retrouvé la source des chiffres utilisés par cet internaute. Il s’agit bien d’un document de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publié le 17 décembre, mais dont les données s’arrêtent au 5 décembre. Il ne s’agit donc pas des « décès de décembre ». La précision est importante, car le rappel vaccinal était alors réservé aux personnes âgées ou très fragiles, plus susceptibles d’être affectés par des formes graves du Covid-19.

Nous avons réalisé un graphique permettant de comparer la répartition de la population selon le statut vaccinal avec la répartition des décès liés au Covid-19.

A cette date, les personnes qui avaient reçu une troisième dose représentaient 10,8 % de la population (contre plus de 30 % actuellement), et 8 % des morts du Covid-19. Les personnes non vaccinées représentaient 9,1 % de la population éligible au 5 décembre. Mais, parmi les morts, leur proportion était trois fois plus importante puisqu’ils comptaient pour 36,5 % des décès. Difficile dans ces conditions de considérer qu’il s’agit d’une preuve de « l’échec de la stratégie vaccinale de masse ».



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