Hedi Slimane coupe le son chez Saint Laurent


Pendant le défilé Saint Laurent automne-hiver, à Paris, le 7 mars 2016.

A 20 heures, en arrivant, ce 7 mars 2016, devant l’entrée du défilé Saint Laurent à Paris, les invités sentent qu’un changement se trame. La jauge, réduite, a donné des maux de crâne, tant aux organisateurs qu’à ceux qui, comme chaque saison, veulent en être. Il a fallu ruser ou supplier pour obtenir une place pour le show, programmé rue de l’Université, dans l’hôtel de Sénecterre, superbe bâtiment du XVIIe siècle, où siège la marque.

A l’intérieur, l’ambiance de ce défilé de prêt-à-porter féminin automne-hiver 2016 n’a pas grand-chose à voir avec celle, électrique, du précédent. Consacré à l’homme, il a été applaudi en février à Los Angeles par des stars américaines comme Lady Gaga, Justin Bieber ou Lenny Kravitz. A l’hôtel de Sénecterre, au contraire, Hedi Slimane, directeur artistique de Saint Laurent depuis 2012, multiplie les références à la haute couture française.

Claquement de talons

Sont présents Pierre Bergé, l’homme d’affaires (actionnaire du Groupe Le Monde de 2010 à sa disparition, en 2017) et compagnon du couturier mort huit ans auparavant, mais aussi Betty Catroux et Catherine Deneuve, beautés blondes qui ont jadis inspiré et porté les créations d’Yves.

« Le rock’n’roll des défilés éclatants de Slimane, avec du bruit, de la fureur, de grands podiums, semblait s’être évaporé au profit d’une intimité feutrée et élégante », se ­souvient Natalie Kingham, qui travaillait alors comme acheteuse pour le site MatchesFashion. Une fois les invités assis sur la chaise noire où leur nom est inscrit sur une plaque mordorée, on leur intime d’éviter de photo­graphier avec leurs smartphones, on les prévient : « C’est une expérience silencieuse. »

Hedi Slimane, qui écoutait David Bowie enfant et a secoué ses défilés de morceaux signés Junior Kimbrough, Ty Segall ou La Femme, range les guitares. « Signe qu’il raccroche les gants ? », s’interroge l’assistance. Depuis des semaines, la rumeur court que les négociations pour renouveler le contrat qui le lie au groupe Kering sont tendues… Tout au long du défilé, on n’entendra que le claquement des talons descendant l’escalier. Et, comme lors des défilés couture de Monsieur Saint Laurent entre 1977 et 2002, la voix de Bénédicte de Ginestous décrivant les quarante-deux passages.

Toute la critique ne sera pas sensible au défilé. « Qui peut croire que les femmes ont envie de s’habiller comme les fantômes de fêtes du passé ?  », Vanessa Friedman, du “New York Times”

Sur les mannequins, uniquement des tenues du soir, telles des apparitions à la Helmut Newton. « J’ai d’abord en tête les gens qui portent les vêtements et la manière de les porter, des personnages, des personnalités spécifiques, expliquait Hedi Slimane en 2007 sur France Culture. Les vêtements sont presque secondaires. » Cette fois, pourtant, ils ont autant de chien que les top-modèles et semblent avoir été pensés comme une démonstration de savoir-faire.

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