Salman Rushdie toujours hospitalisé dans un état grave


Le romancier Salman Rushdie, l’auteur des « Versets sataniques » menacé de mort depuis plus de 30 ans, est toujours hospitalisé sous assistance respiratoire dans un hôpital d’Erié, en Pennsylvanie.

Salman Rushdie, l’auteur des « Versets sataniques » menacé de mort depuis plus de 30 ans, restait hospitalisé samedi dans un état grave après avoir été poignardé aux Etats-Unis par un jeune homme d’origine libanaise, une attaque qui a soulevé une vague d’indignation internationale, surtout en Occident. Rien ne filtrait samedi sur l’état de santé du célèbre écrivain britannique naturalisé américain, 75 ans, soigné en urgence et sous assistance respiratoire dans un hôpital d’Erié, en Pennsylvanie, au bord du lac du même nom qui sépare les Etats-Unis du Canada. «Les nouvelles ne sont pas bonnes», a déclaré vendredi soir au New York Times l’agent de l’écrivain britannique, Andrew Wylie. «Salman va probablement perdre un œil; les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie», a détaillé M. Wylie en précisant que M. Rushdie, 75 ans, avait été placé sous respirateur artificiel.

Immédiatement après son agression, sur l’estrade d’un amphithéâtre d’un centre culturel à Chautauqua, dans le nord-ouest de l’Etat de New York, Salman Rushdie avait été transporté en hélicoptère vers l’hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a précisé devant la presse le major de la police de l’Etat de New York, Eugene Staniszewski. L’attaque a provoqué une onde de choc, notamment dans les pays occidentaux, la Maison Blanche condamnant « un acte de violence consternant ».

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Un agresseur de 24 ans

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L’agresseur, aussitôt arrêté et en détention depuis vendredi, s’appelle Hadi Matar , a 24 ans et vit dans l’Etat du New Jersey, selon les autorités. Interpellé immédiatement après les faits, il est né en Californie et vit désormais à Fairview dans le New Jersey. Il a utilisé un faux nom pour son permis de conduire, celui de Mughniyah, le même patronyme que celui d’un chef du Hezbollah, organisation islamiste chiite basé au Liban. Sur les réseaux sociaux, l’homme ne cachait pas sa sympathie pour les Gardiens de la révolution islamique d’Iran et pour la figure de l’ayatollah Khomeiny, mort en 1989, dont il affiche le portrait sur son profil.

Il a été samedi «formellement poursuivi pour tentative de meurtre et agression», a annoncé le parquet local, précisant que des enquêteurs de la police fédérale (FBI) travaillaient sur ce crime à la dimension internationale. Selon Ali Qassem Tahfa, le chef du village de Yaroun, dans le sud du Liban, Hadi Matar «est d’origine libanaise». «Il est né et a grandi aux Etats-Unis. Sa mère et son père sont de Yaroun», a déclaré à l’AFP M. Tahfa. En Iran, le principal quotidien ultraconservateur Kayhan a félicité l’agresseur: «Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l’apostat et le vicieux Salman Rushdie», écrit le journal. «Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l’ennemi de Dieu avec un couteau».

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Et au marché aux livres de Téhéran, tout le monde était au courant samedi de l’attaque, mais seuls ceux la soutenant se sont exprimés: «J’étais très heureux d’apprendre la nouvelle. Quel que soit l’auteur, je lui baise la main (…) Que Dieu maudisse Salman Rushdie», a lancé Mehrab Bigdeli, qui se présente comme un religieux chiite.

Une longue clandestinité

L’agression a eu lieu vendredi vers 11H00 (15H00 GMT) sur l’estrade de l’amphithéâtre du centre culturel de Chautauqua, dans l’Etat de New York, lorsqu’un homme s’est « précipité sur la scène » et a « poignardé » M. Rushdie plusieurs fois « au cou » « à l’abdomen », selon la police locale.

Salman Rushdie, né en 1947 en Inde dans une famille d’intellectuels musulmans non pratiquants, avait embrasé une partie du monde islamique avec la publication des « Versets sataniques », conduisant l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny à émettre en 1989 une fatwa demandant son assassinat.

L’auteur d’une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais écrits en anglais avait été contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache.

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Une «fatwa» jamais levée

Naturalisé américain et vivant à New York depuis quelques années, Salman Rushdie avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

Coïncidence, le magazine allemand Stern l’avait interviewé quelques jours avant l’attaque et en publie samedi un extrait: « Depuis que je vis aux Etats Unis, je n’ai plus de problème (…) Ma vie est de nouveau normale, assure l’écrivain en se disant « optimiste » mais en rappelant que « les menaces de mort sont devenues quotidiennes ».

La « fatwa » de l’Iran n’a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, poignardé à mort en 1991.

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Aux Etats-Unis, les sites de vente en ligne comme Amazon ont constaté une hausse des commandes pour les « Versets sataniques » et une cheffe de rayon de la librairie new-yorkaise Strand Bookstore, Katie Silvernail, raconte que « des gens viennent voir ce qu’il a écrit et savoir ce qu’on a » en stock.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dénoncé samedi une « attaque lâche », et un « affront à la liberté d’expresion ». Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est dit « atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu’il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre », en allusion à la liberté d’expression.

« Son combat est le nôtre, universel », a lancé sur Twitter le président Emmanuel Macron, tandis que le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est déclaré « horrifié ».

« Rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort », s’est indigné enfin Charlie Hebdo , journal satirique français décimé par un attentat islamiste en 2015.

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